Sony abandonne les supports physiques et nous montre pourquoi c'est une très mauvaise idée. Lorsque les boutiques numériques ferment, les jeux disparaissent avec elles. Bienvenue dans le tout-numérique« La production de disques physiques prendra fin en janvier 2028 pour les nouveaux jeux sortant sur les consoles PlayStation », est le titre de l’annonce succincte que l’éditeur de jeux vidéo a faite à ce sujet. En fait, ces derniers (les maisons d’édition des jeux) veulent que nous soyons à l’aise avec le fait de ne pas posséder des copies physiques des jeux pour lesquels nous déboursons pourtant de l’argent. C’est avec une récente décision de Sony en droite ligne avec cette annonce qui prendra effet en 2028 qu’on comprend que c’est une très mauvaise idée, du moins, pour ce qui est des intérêts des gamers.
Des annonces comme celle de Sony renforcent l’entrée dans l’ère dite des abonnements aux services en ligne et dans cette dernière tue les copies physiques, de plus en plus d’éditeurs de jeux vidéo (et de façon plus large de fournisseurs de services en ligne) insèrent la mention « Vous achetez une licence, pas le contenu lui-même » dans leurs conditions d’utilisation. Et le problème de la licence d'utilisation n'est pas qu'elle soit révocable, mais qu'il ne soit en général pas fait mention de la durée d'utilisation possible du produitYOU WILL OWN NOTHING
— BuBBliK (@k1rallik) July 1, 2026
Sony just killed physical PlayStation discs. Starting 2028, every game you buy is just a license they can erase anytime.
- Sony is deleting 551 paid movies from accounts on Sept 1, no refunds
- Disc-drive PS5 owners just got a $700 paperweight
- No more… https://t.co/2kMBpDpter pic.twitter.com/YTg0RMGWIk
Dans un récent avis juridique, Sony a indiqué que les clients concernés ne pourraient plus visionner en streaming des titres tels que Outrage: Way of the Yakuza, Paddington, Paddington 2, le Labyrinthe de Pan, Rambo 3, Terminator 2 : le jugement dernier et le garçon au pyjama rayé et ce, « en raison de nos accords de licence de contenu ». D’ici septembre, Sony supprimera de la bibliothèque PlayStation des utilisateurs britanniques tous les titres concernés qu’ils ont achetés, conformément à cet avis.
Il est possible que Sony parvienne encore à conclure un accord avec StudioCanal d’ici le 1er septembre, voire après cette date, ce qui permettrait aux utilisateurs de continuer à regarder les contenus qu’ils ont achetés. Cela s’est déjà produit en 2023, lorsque Sony avait annoncé qu’il allait devoir retirer 1318 saisons de séries Discovery des bibliothèques de ses clients. Quelques semaines après cette annonce, Sony avait toutefois précisé qu’il ne retirerait pas ces contenus, car il avait mis à jour ses accords de licence avec Discovery.
Les clients concernés ne devraient toutefois pas se faire trop d’illusions. Sony a déjà retiré 314 titres StudioCanal de ses catalogues en Allemagne et en Autriche en 2022. Plus récemment, Sony a supprimé les bibliothèques numériques Funimation des utilisateurs après avoir décidé de fusionner ce service de streaming d’anime avec Crunchyroll. Sony a également réduit la portée de sa boutique en ligne et a cessé de proposer la location et l’achat de films et de séries en août 2021. Même si StudioCanal était disposé à conclure un accord avec Sony, il est possible que Sony soit moins intéressé qu’auparavant par la conservation des titres numériques.
Que l’éditeur prenne des mesures similaires pour les bibliothèques de jeux vidéo ne serait donc pas surprenant. Cela s’est vu par le passé avec Ubisoft et la suppression du titre The Crew au motif que « les gens sont déjà habitués à des services comme Netflix au détriment de leurs CD et DVD. »
C’est donc dire que les potentiels clients de Sony qui ne seront pas au courant de l’annonce de l’éditeur et qui ne liront pas les conditions d’utilisation (selon Statista, environ 97 % des personnes âgées de 18 à 34 ans ne lisent pas les conditions d’utilisation des services en ligne) sont susceptibles de se retrouver entrain de faire l’acquisition d’un contenu auquel ils pourraient ne plus avoir accès dans la bibliothèque quelques jours seulement après ledit achat.
En mai 2024, la fermeture du service Telstra TV Box Office a soulevé des interrogations sur ce que signifie posséder des films, de la musique et des émissions de télévision à l'ère des services de diffusion en continu. « Ma bibliothèque est anéantie » ont réagi les utilisateurs de Telstra lorsqu'ils ont été informés qu'ils perdraient l'accès aux films et émissions qu'ils avaient achetés s'ils ne migraient pas vers le service Fetch. Selon certains clients, Telstra leur aurait demandé de payer 200 dollars pour Fetch afin de pouvoir conserver l'accès à leurs achats qui atteignaient parfois 2500 dollars, alors que d'autres ont bénéficié gratuitement d'un boîtier Fetch.
— JCHIP (@jchip) July 2, 2026Pas de disques physiques, pas de droits de propriété numérique plus solides pour les acquéreurs de contenus en ligne, pas de compensation financière pour les cas de révocation subite des licences, pas d’ajustement de prix pour refléter les limites d’une licence dans cette ère des abonnements. En gros, le bouton « acheter » est un leurre
La Commission de l’UE a refusé de proposer une loi obligeant les éditeurs à maintenir jouables les jeux vidéo qui ne sont plus commercialisés, bien que l'initiative « Stop Killing Games » ait recueilli près de 1,3 million de signatures vérifiées pour l’atteinte de cet objectif. La commission de l’UE ne touche pas au cœur du problème : elle n'oblige pas les éditeurs à proposer des modes hors ligne ou des outils de serveur lorsqu'un jeu arrive en fin de vie. Les éditeurs restent légalement en droit de désactiver à distance les logiciels, rendant ainsi totalement inutilisables les achats légitimes effectués par les consommateurs.
La loi californienne AB2426 pour sa part semble combler le fossé entre les attentes des consommateurs et les réalités juridiques de l’achat d’un jeu numérique au travers de la mesure qui impose aux boutiques en ligne vendant des jeux de préciser clairement que les clients achètent des licences et ne deviennent pas propriétaires des jeux, mais elle élude la question plus large de savoir si les supports numériques devraient offrir des droits de propriété plus solides ou si les prix devraient être ajustés pour refléter les limites d’une licence.
L’exploration de modèles alternatifs, tels que des biens numériques offrant des droits de propriété partiels ou des licences transférables, pourrait mieux répondre aux attentes des consommateurs. Si les développeurs tiennent à fixer le prix des jeux numériques au même niveau que celui des copies physiques, il faudrait envisager un système de compensation pour les situations où l’accès à un titre acheté est révoqué. Cela pourrait peut-être prendre la forme de remboursements partiels ou de crédits en boutique.
Sony justifie sa décision en s’appuyant sur des chiffres faisant état d’une préférence par les gamers des contenus numériques plutôt que les copies physiquesSony is killing physical discs for all new PlayStation games starting January 2028.
— Reclaim The Net (@ReclaimTheNetHQ) July 2, 2026
From now on, every fresh release will be digital only.
That means no more owning a real copy you can lend, resell, or keep on your shelf for years.
You’re just renting a license tied to…
« Il s’agit d’une évolution naturelle pour Sony Interactive Entertainment, qui s’adapte ainsi aux tendances de consommation, alors que la préférence générale pour les supports numériques dépasse largement celle pour les disques physiques. Cette transition nous permettra de mieux répondre aux habitudes actuelles de la plupart des membres de notre communauté en matière d’accès aux jeux et de gameplay », a indiqué la société dans son communiqué.
Selon les résultats financiers de Sony pour le quatrième trimestre de l’exercice 2025, les téléchargements numériques représentaient 85 % des ventes de jeux complets sur PS4 et PS5, tandis que les copies physiques représentaient les 15 % restants.
Le déclin des jeux physiques s’est également répercuté sur le commerce de détail, les magasins qui dépendaient autrefois fortement des disques physiques continuant de réduire leurs effectifs à mesure que de plus en plus de joueurs achètent en ligne. GameStop aurait fermé plus de 1300 magasins au cours des deux derniers exercices.Here's a big reason why Sony is retiring PlayStation game disc production.
— Derek Strickland (@DeekeTweak) July 1, 2026
Sony shipped 70 million game discs in FY25, but made less than $1 billion from these sales.
Sony sold 248 million digital games in FY25, and made nearly $7 billion from the sales. pic.twitter.com/NSrhGrTEGs
Source : Sony (annonce de fin de production des supports physiques pour les jeux PlayStation)
Et vous ?
Support physique ou produit numérique :de quel bord êtes-vous ? Êtes-vous à l'aise avec le fait de ne pas posséder de copies physiques de vos jeux et films ?
Partagez-vous les avis selon lesquels les lois doivent évoluer de manière à procurer aux acquéreurs de produits numériques des droits de propriété plus solides ? Les prix doivent-ils être ajustés pour refléter les limites d’une licence ? Les acquéreurs de contenus en ligne affectés par les révocations subites des licences doivent-ils subir des compensations financières ?Voir aussi :
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