Sony annonce la suppression de contenus numériques de la boutique vidéo de PlayStation Store dès septembre. Cela sonne comme un rappel que nous ne sommes pas propriétaires de ce que nous achetons en ligneSony vient d’informer ses clients PlayStation au Royaume-Uni qu'ils ne pourraient plus visionner les films et séries achetés précédemment auprès de la société de production et de distribution StudioCanal. À compter du 1er septembre, les clients concernés ne pourront plus accéder en streaming à 551 titres disponibles sur le PlayStation Store. L’annonce ravive le débat sur les notions de propriété et d’héritage numérique et sonne comme un rappel que nous ne sommes pas propriétaires de ce dont nous pensons faire l’acquisition en ligne.
Dans un récent avis juridique, Sony a indiqué que les clients concernés ne pourraient plus visionner en streaming des titres tels que Outrage: Way of the Yakuza, Paddington, Paddington 2, le Labyrinthe de Pan, Rambo 3, Terminator 2 : le jugement dernier et le garçon au pyjama rayé et ce, « en raison de nos accords de licence de contenu ». D’ici septembre, Sony supprimera de la bibliothèque PlayStation des utilisateurs britanniques tous les titres concernés qu’ils ont achetés, conformément à cet avis.
Il est possible que Sony parvienne encore à conclure un accord avec StudioCanal d’ici le 1er septembre, voire après cette date, ce qui permettrait aux utilisateurs de continuer à regarder les contenus qu’ils ont achetés. Cela s’est déjà produit en 2023, lorsque Sony avait annoncé qu’il allait devoir retirer 1318 saisons de séries Discovery des bibliothèques de ses clients. Quelques semaines après cette annonce, Sony avait toutefois précisé qu’il ne retirerait pas ces contenus, car il avait mis à jour ses accords de licence avec Discovery.
Les clients concernés ne devraient toutefois pas se faire trop d’illusions. Sony a déjà retiré 314 titres StudioCanal de ses catalogues en Allemagne et en Autriche en 2022. Plus récemment, Sony a supprimé les bibliothèques numériques Funimation des utilisateurs après avoir décidé de fusionner ce service de streaming d’anime avec Crunchyroll. Sony a également réduit la portée de sa boutique en ligne et a cessé de proposer la location et l’achat de films et de séries en août 2021. Même si StudioCanal était disposé à conclure un accord avec Sony, il est possible que Sony soit moins intéressé qu’auparavant par la conservation des titres numériques.
A l'ère des abonnements qui tuent les copies physiques, de plus en plus d’éditeurs de jeux vidéo (et de façon plus large de fournisseurs de services en ligne) insèrent la mention « Vous achetez une licence, pas le contenu lui-même » dans leurs conditions d’utilisation. Et le problème de la licence d'utilisation n'est pas qu'elle soit révocable, mais qu'il ne soit en général pas fait mention de la durée d'utilisation possible du produitPlayStation is deleting 551 purchased movies from its customers' accounts, reminding us nothing digital is ever truly ours https://t.co/sXW4Uj10FR
— Kotaku (@Kotaku) June 26, 2026
C’est dire que les potentiels clients PlayStation au Royaume-Uni qui ne seront pas au courant de l’annonce de l’éditeur et qui ne liront pas les conditions d’utilisation (selon Statista, environ 97 % des personnes âgées de 18 à 34 ans ne lisent pas les conditions d’utilisation des services en ligne) sont susceptibles de se retrouver entrain de faire l’acquisition d’un contenu auquel ils pourraient ne plus avoir accès dans la bibliothèque quelques jours seulement après ledit achat.
En mai 2024, la fermeture du service Telstra TV Box Office a soulevé des interrogations sur ce que signifie posséder des films, de la musique et des émissions de télévision à l'ère des services de diffusion en continu. « Ma bibliothèque est anéantie » ont réagi les utilisateurs de Telstra lorsqu'ils ont été informés qu'ils perdraient l'accès aux films et émissions qu'ils avaient achetés s'ils ne migraient pas vers le service Fetch. Selon certains clients, Telstra leur aurait demandé de payer 200 dollars pour Fetch afin de pouvoir conserver l'accès à leurs achats, qui atteignaient parfois 2500 dollars, alors que d'autres ont bénéficié gratuitement d'un boîtier Fetch.
En avril 2024, Ubisoft a révoqué l'accès au jeu vidéo "The Crew" acheté en ligne, ravivant le débat sur la propriété numérique à l'ère des abonnements qui tuent les copies physiques. Depuis lors, le jeu est injouable en ligne. La décision avait été annoncée préalablement par l'éditeur et n'a donc créé aucune surprise. Cependant, des rapports de gamers ont révélé que certaines licences de lancement du jeu via Ubisoft Connect avaient également été révoquées, entraînant des mécontentements supplémentaires. De nombreux utilisateurs ont exprimé leur frustration, estimant que la révocation de leurs licences pourrait être jugée illégale dans certaines juridictions.
C’est en droite ligne avec cet état de choses que des questions connexes font surface : les supports numériques doivent-ils offrir des droits de propriétés plus solides ? Les prix doivent-ils être ajustés pour refléter les limites d’une licence ? Les acquéreurs de contenus en ligne affectés par les révocations subites des licences doivent-ils subir des compensations financières ?In a message on the official PlayStation UK website, the Japanese electronics giant stated that all Studio Canal content will be removed after the two companies failed to renew their licensing agreement.
— Tips Excel (@gudanglifehack) June 30, 2026
La Commission de l’UE a refusé de proposer une loi obligeant les éditeurs à maintenir jouables les jeux vidéo qui ne sont plus commercialisés, bien que l'initiative « Stop Killing Games » ait recueilli près de 1,3 million de signatures vérifiées pour l’atteinte de cet objectif. La commission de l’UE ne touche pas au cœur du problème : elle n'oblige pas les éditeurs à proposer des modes hors ligne ou des outils de serveur lorsqu'un jeu arrive en fin de vie. Les éditeurs restent légalement en droit de désactiver à distance les logiciels, rendant ainsi totalement inutilisables les achats légitimes effectués par les consommateurs.
La loi californienne AB2426 pour sa part semble combler le fossé entre les attentes des consommateurs et les réalités juridiques de l’achat d’un jeu numérique au travers de la mesure qui impose aux boutiques en ligne vendant des jeux de préciser clairement que les clients achètent des licences et ne deviennent pas propriétaires des jeux, mais elle élude la question plus large de savoir si les supports numériques devraient offrir des droits de propriété plus solides ou si les prix devraient être ajustés pour refléter les limites d’une licence.
L’exploration de modèles alternatifs, tels que des biens numériques offrant des droits de propriété partiels ou des licences transférables, pourrait mieux répondre aux attentes des consommateurs. Si les développeurs tiennent à fixer le prix des jeux numériques au même niveau que celui des copies physiques, il faudrait envisager un système de compensation pour les situations où l’accès à un titre acheté est révoqué. Cela pourrait peut-être prendre la forme de remboursements partiels ou de crédits en boutique.
Source : Sony (Confirmation de suppression des contenus de la bibliothèque vidéo PlayStation)
Et vous ?
Partagez-vous les avis selon lesquels les lois doivent évoluer de manière à procurer aux acquéreurs de produits numériques des droits de propriété plus solides ? Les prix doivent-ils être ajustés pour refléter les limites d’une licence ? Les acquéreurs de contenus en ligne affectés par les révocations subites des licences doivent-ils subir des compensations financières ? Voir aussi :
Ubisoft révoque l'accès à un jeu vidéo acheté en ligne, d'après des rapports de gamers qui ravivent le débat sur la propriété numérique à l'ère des abonnements qui tuent les copies physiques
Des gamers lancent une pétition pour demander qu'un jeu vidéo qui requiert une connexion aux serveurs d'un éditeur reste fonctionnel en fin de vie, une demande qui intervient à l'ère des abonnements en ligne
« Vous achetez une licence, pas le jeu lui-même », déclare Steam dans une mise à jour de ses CGU, le tableau relance le débat sur la propriété numérique à l'ère des abonnements qui tuent les copies physiques
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