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Les millions de joueurs « Pokémon Go » ont, sans le savoir, construit gratuitement la carte du monde plus précise que le GPS que les robots exploitent aujourd'hui pour remplacer les livreurs de pizzas

Le , par Stéphane le calme

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Pendant dix ans, des centaines de millions de joueurs de Pokémon Go ont arpenté les rues du monde entier pour attraper des créatures virtuelles. À leur insu, ils construisaient simultanément l'une des plus grandes bases de données cartographiques jamais constituées : 30 milliards d'images géolocalisées au centimètre près. Niantic vient de révéler la destination finale de ce trésor : les robots livreurs de pizzas qui sillonnent les trottoirs de Los Angeles, Chicago ou Helsinki.

Quand la nouvelle a éclaté à la mi-mars 2026, la réaction n'a pas tardé. Sur les réseaux sociaux, un tweet résumant l'affaire a circulé massivement : « Les joueurs de Pokémon Go ont généré 30 milliards de scans du monde réel en croyant attraper des Pokémon. Ces scans servent maintenant à entraîner des robots livreurs à naviguer dans votre ville. Des millions de fans ont fait de l'entraînement IA gratuitement. Génie ou dystopie ? » La question, posée sans ironie excessive, a cristallisé un malaise qui dépasse largement la communauté des joueurs.

Car ce n'est pas une simple réutilisation anodine de données. C'est le révélateur d'un modèle économique discret, pensé dès l'origine, qui consiste à transformer le loisir populaire en infrastructure industrielle sans que les participants le sachent vraiment, et certainement sans les rémunérer.


Niantic, de la réalité augmentée à l'IA spatiale

Pour comprendre la mécanique, il faut revenir aux origines. Niantic est une émanation de Google, fondée en 2010, dont la vocation première était de développer des jeux de réalité augmentée basés sur la localisation. Le premier, Ingress, lancé en 2013, incitait déjà les joueurs à se déplacer physiquement vers des points d'intérêt et à les photographier avec leur téléphone. Puis vint Pokémon Go en 2016, le raz-de-marée. En soixante jours, 500 millions de personnes avaient installé l'application. En 2024, huit ans après son lancement, le jeu comptait encore plus de 100 millions de joueurs selon Scopely, la société qui a racheté le titre à Niantic.

En mai 2025, Niantic a opéré une scission stratégique : la branche jeux a été vendue à Scopely, tandis qu'une entité distincte, Niantic Spatial, a été créée pour exploiter l'infrastructure de données accumulée. Sa mission : transformer des décennies de collecte passive en produits technologiques à haute valeur ajoutée. Le premier fruit concret de cette stratégie s'appelle le Visual Positioning System, ou VPS.


Le VPS : quand regarder remplace le GPS

Le principe du positionnement visuel, déterminer où l'on se trouve en analysant ce que l'on voit plutôt qu'en interrogeant des satellites, n'est pas nouveau en soi. Ce qui l'est, c'est l'échelle à laquelle Niantic Spatial a pu l'opérationnaliser. Le système a été entraîné sur 30 milliards d'images capturées en milieu urbain, concentrées autour de plus d'un million de points d'intérêt répartis à travers le monde. Pour chacun de ces emplacements, le modèle dispose de milliers de clichés pris depuis des angles différents, à des heures différentes, par beau temps comme sous la pluie. Le résultat : un système capable de se localiser à quelques centimètres près, simplement en analysant les bâtiments et les infrastructures environnants.

Brian McClendon, directeur technique de Niantic Spatial, résume le problème que le GPS pose en ville : « L'urban canyon est le pire endroit au monde pour le GPS. Le point bleu sur votre téléphone dérive souvent de 50 mètres, ce qui vous place sur un autre bloc, dans une autre direction, du mauvais côté de la rue. » Pour un piéton, cette approximation est gênante. Pour un robot autonome naviguant sur un trottoir à 8 km/h entre des passants, des poussettes et des bouches d'égout, elle est potentiellement catastrophique.


Comment les joueurs ont (sans le savoir) cartographié le monde

La mécanique de collecte était élégamment déguisée en gameplay. En 2020, Pokémon Go a introduit une fonctionnalité baptisée « Field Research », qui invitait les joueurs à scanner avec leur caméra des statues et monuments réels en échange de récompenses dans le jeu. Une partie des données provenait également des arènes Pokémon. Chaque scan ne capturait pas simplement une image : il enregistrait aussi l'ensemble du contexte, coordonnées GPS exactes, angle de la caméra, heure, conditions météorologiques, mouvement du joueur. Un métadonnées d'une richesse exceptionnelle pour entraîner un...
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Avatar de bouye
Rédacteur/Modérateur https://www.developpez.com
Le 17/03/2026 à 23:20
On est pas totalement idiot merci :
  1. Que ce soit a pour Ingress ou Pokemon GO, a l’époque ou ces 2 jeux permettant de faire des scans n’étaient pas encore séparés entre Niantic Spatial et Niantic Games, on savait très bien que tant les données géospatiales que les scans seraient aussi utilisés a la fois pour des but commerciaux et pour entraîner des IA (entres autres car, oui, les articles de recherche que Niantic publiaient a l’époque sur ces technologies le sous-entendaient. Mais le joueur lambda fait-il l'effort de réfléchir aux conséquences de ses actions en jeu ou de lire des articles scientifiques...).
  2. Le CEO de Niantic n'a jamais caché que son but était de faire du commerce avec les données collectées auprès des joueurs.
  3. Ces scans ne sont valides qu'a un instant T, tant de choses ont été modifiées dans le monde reel de mon voisinage réel depuis 2 ans qu'aucun des scans pre-2024 ne s'appliquent plus désormais. Mais bon je ne pense pas qu'on verra de sitot des robots livreurs de pizza de par ici vu la taille de notre ville, l’état de ses trottoirs, la faible densité de lieux a scanner, etc.

Bref pour le moment c'est plutôt destiné aux environnements hyper urbains (Tokyo, LA, etc.), et aux legislation assez permissives. Je ne pense pas que la législation FR permette a des véhicules motorisés autonomes de naviguer sur les trottoirs en zigzagant a 8 km/h entre les passants et les berceaux comme le dit l'intervenant. Hors cas spécial (ex: piste cyclage sur trottoir), les véhicules (autonomes ou pas) sont senses être uniquement sur la chaussée et du coup la circulation est une autre paire de manche a gérer que les scans ne pourront pas aider.

J’espère aussi qu'ils ont des bons filtres pour éliminer tous les scans bidons (plan du trottoir), vides (tout noir) ou carrément grossiers (parties intimes du corps) que pas mal de joueurs, tricheurs ou pas, versent sur leurs serveurs.

Donc :
  • Est-ce que j'ignorais la chose : non. Mais c'est pas comme si Apple, Google et co faisaient pas la meme chose avec leurs téléphones.
  • Est-ce que je suis pour : pas vraiment. En meme temps ca me dérange pas que Google Maps m'affiche les embouteillages, ralentissements ou les meilleurs trajets de circulation ou d'emplacement de parking en collectant aussi des infos auprès des possesseurs de telephones Android (resp pour d'autres marques).
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