Horizon Worlds, la plateforme métavers de Meta, renonce aux promesses de la réalité virtuelle après avoir englouti 80 milliards de dollarsMeta affirme toutefois qu'il continuera à fabriquer des casques VR
Le métavers de Meta est un échec cuisant. La division Reality Labs qui développe le métavers de Meta a accumulé des pertes de 80 milliards depuis 2020, sans aucun résultat probant. Elle a alors licencié plus de 1 500 employés en janvier et fermé ses studios internes de contenu de réalité virtuelle. Meta réoriente Horizon Worlds vers une plateforme axée sur le mobile après que son application pour smartphone a attiré une vague d'utilisateurs qui aimaient les jeux sociaux, mais se moquaient des casques VR. Les paris futurs de Meta se concentrent désormais sur les lunettes connectées et l'IA, et non plus sur le métavers global qu'il avait autrefois promis.
Meta annonce un virage majeur pour Horizon Worlds, sa plateforme de monde virtuel lancée en 2021. Horizon Worlds n’est plus centré sur la réalité virtuelle. Le service a été initialement conçu comme une expérience sociale immersive accessible principalement via les casques Quest. La société a présenté cet espace virtuel partagé et persistant comme une évolution tridimensionnelle d'Internet, où les utilisateurs se rencontrent, travaillent et jouent.
Le métavers était le grand projet de Mark Zuckerberg, à tel point qu’il a rebaptisé son entreprise Meta pour refléter cette vision. Cependant, le projet n'a pas tenu ses promesses et s'est avéré un gouffre financier. Il est désormais repositionné comme une plateforme 3D accessible depuis le mobile et le Web. Autrement dit, Mark Zuckerberg enterre discrètement son grand pari sur le métavers pour se recentrer sur ce qui rapporte : l'IA et le mobile.
Un bilan désastreux pour la division Reality Labs de Meta
Ce pivot intervient après des années de pertes colossales : la division Reality Labs a perdu près de 80 milliards de dollars depuis 2020. En janvier 2026, Meta a licencié 1 500 employés de cette division, fermé des studios de jeux VR, et mis en « mode maintenance » l'application de fitness Supernatural. Toutefois, il ne faut pas y voir une fermeture totale : avant les licenciements, plus de 15 000 personnes travaillaient dans cette partie de l'organisation.
Au début du mois de février, le directeur technique de Meta, Andrew Bosworth, a déclaré que si une grande partie du pessimisme entourant les ambitions de Meta dans le domaine du métavers était exagérée, les coupes budgétaires chez Reality Labs étaient douloureuses. « Il y a là une réelle raison d'être triste », a-t-il déclaré, soulignant que de nombreux employés avaient travaillé sur des projets que Meta était autrefois impatient de commercialiser.
Andrew Bosworth a admis que la vision de Meta pour Horizon Worlds et la réalité virtuelle était « trop ambitieuse », mais a insisté sur le fait que la société restait engagée dans ce domaine. « Oui, nous avons reculé par rapport à notre niveau le plus élevé, mais nous restons un investisseur très positif dans l'écosystème », a-t-il dit, ajoutant que Meta continuait à investir davantage dans les contenus de réalité virtuelle que n'importe quel concurrent.
Reality Labs héberge également l'initiative de Meta en matière de lunettes intelligentes, qui a connu une expansion rapide. Certains observateurs ont émis l'hypothèse que l'essor des appareils portables (wearables) pourrait se faire au détriment de la réalité virtuelle. Andrew Bosworth a rejeté cette idée, affirmant que les deux ne sont pas « à somme nulle ». Meta va se contenter de créer un écosystème de réalité virtuelle pour les développeurs tiers.
Meta maintient ses investissements dans le matériel VR
« Nous sommes en bonne position pour proposer des jeux sociaux synchronisés à grande échelle, grâce à notre capacité unique à connecter ces jeux à des milliards de personnes sur les plus grands réseaux sociaux du monde », a déclaré Samantha Ryan, vice-présidente du contenu chez Reality Labs, dans un récent article de blogue. « Vous avez vu cette stratégie commencer à se mettre en place en 2025, et aujourd'hui, il s'agit de notre priorité ».
Samantha Ryan a ensuite souligné que Meta continuait de se concentrer sur le matériel de réalité virtuelle. « Nous avons un plan d'action solide pour les futurs casques de réalité virtuelle, qui seront adaptés à différents segments de public à mesure que le marché se développe et mûrit », a écrit Samantha Ryan. En donnant la priorité au mobile, Horizon Worlds se positionne pour concurrencer des plateformes populaires telles que Roblox et Fortnite.
Meta continuera à concevoir, fabriquer et vendre du matériel VR et à gérer les boutiques sur lesquelles les développeurs tiers vendent leurs produits. Samantha Ryan écrit : « nous continuerons à soutenir la communauté tierce grâce à des partenariats stratégiques et des investissements ciblés, comme nous le faisons depuis le début ». L'entreprise ne produira pas beaucoup de contenu en interne, et la promesse d'un métavers global semble se dissoudre.
L'IA remplace les ambitions de Meta dans le métavers
Meta présente bon nombre de ses récentes initiatives comme un pivotement s'éloignant du développement en interne d'expériences de réalité virtuelle pour se concentrer sur un écosystème de développeurs tiers, avec des statistiques telles que « 86 % du temps effectif passé par les utilisateurs dans leurs casques VR l'est avec des applications tierces ». Depuis le rachat d'Oculus VR (aujourd'hui Meta Quest), Meta est le leader dans la réalité virtuelle.
En 2025, Meta a lancé une application mobile Horizon Worlds et a constaté qu'elle attirait un afflux de nouveaux utilisateurs intéressés par les aspects sociaux du service, à l'exception la réalité virtuelle. Il semble que le lancement de l'application ait été suffisamment réussi pour mériter que l'ensemble du service se concentre sur cette plateforme et ce public, plutôt que de le fermer dans le cadre des autres fermetures de projets de contenu internes.
Les ambitions de Meta dans le domaine du métavers ont été abandonnées au profit de l'IA. Après avoir réorienté ses investissements Reality Labs loin du métavers, l'entreprise se concentre désormais sur le développement d'appareils portables dotés d'IA et sur l'amélioration de ses propres modèles d'IA.
Lors de la dernière conférence sur les résultats financiers de Meta le mois dernier, le PDG Mark Zuckerberg a déclaré : « il est difficile d'imaginer un monde dans quelques années où la plupart des lunettes que les gens portent ne seraient pas des lunettes dotées d'IA ». Il a ajouté que les ventes de lunettes Meta avaient triplé au cours en 2025, les qualifiant de « l'un des produits électroniques grand public à la croissance la plus rapide de l'histoire ».
Le métavers de Zuckerberg : une initiative qui a saigné des milliards
Durant l'édition 2021 de la conférence Facebook Connect, l'entreprise a annoncé qu'elle s’appellerait désormais Meta. Comme Google l'avait fait auparavant en présentant Alphabet, Meta est la société mère des entreprises Facebook, WhatsApp, Instagram, Messenger et Oculus (Reality Labs). « Notre marque était trop liée à un seul de nos services et ne reflétait pas tout ce que nous faisons », avait expliqué à l'époque le PDG du groupe, Mark Zuckerberg.
« Ce nouveau nom marque notre nouvel objectif : aider à donner vie au métavers », avait-il ajouté. Depuis, Meta a misé sur le développement du métavers comme le futur d’Internet. À travers Reality Labs, Meta injecte des milliards de dollars dans cette vision. Reality Labs englobe la recherche et le développement de technologies immersives, y compris les casques Quest, les lunettes connectées et diverses autres initiatives en matière d'informatique spatiale.
Cependant, malgré des avancées technologiques notables, Reality Labs peine à générer des revenus suffisants pour compenser les investissements. L'entreprise a accumulé environ 80 milliards de dollars de pertes depuis 2020, ce qui a soulevé des questions sur la viabilité à court et moyen terme de cette stratégie.
La rentabilité du projet a suscité des doutes. « Il y aura d'autres moyens pour Meta de monétiser son investissement à l'avenir, mais cela semble très coûteux, comme un produit d'appel à court terme », a déclaré Anshel Sag, analyste chez Moor Insights & Strategy. « La réalité augmentée est une technologie très coûteuse à développer et je pense que la majeure partie de l'argent dépensé dans Reality Labs l'est pour des efforts de réalité augmentée ».
Selon un ancien responsable de Reality Labs, atteindre les objectifs en matière de ventes et d'utilisateurs n'est qu'une petite partie du puzzle. « Si leurs pertes augmentent et que les ventes augmentent, la question qu'ils doivent se poser est pourquoi le matériel coûte si cher à fabriquer et pourquoi ils ne travaillent pas plus dur pour réduire les coûts. Ils n'ont pas encore trouvé le moyen de rendre cette activité rentable et n'en sont même pas proches ».
Le métavers : entre illusions prometteuses et réalités déconcertantes
Le métavers a fait l'objet d'un battage médiatique intense après que la pandémie de Covid-19 a déclenché la plus grande expérience de télétravail à l'échelle planétaire. Le concept avait été présenté comme l’avenir d’Internet : un monde virtuel immersif où l’on pourrait travailler, socialiser, acheter, jouer, apprendre. Mais en pratique, la technologie nécessaire (casques confortables, connexion ultra rapide, graphismes convaincants…) n’est pas encore prête.
Le phénomène du recrutement de "chief metaverse officers" a également vu le jour, illustrant une vague d'excitation autour de ce secteur. En 2022, de nombreux PDG ont exprimé leur désir de renforcer leur équipe dédiée au métavers. Mais l'absence de consensus sur la définition du métavers a entraîné des incohérences dans les rôles et les responsabilités, rendant difficile la mise en œuvre de stratégies efficaces. Beaucoup se tournent désormais vers l'IA.
Aujourd'hui, nombre de ceux qui étaient chargés de développer le métavers cherchent à se réinventer ou se retrouvent sans emploi. Pratik Thakar, qui était chargé du contenu métavers chez Coca-Cola, a été réaffecté au poste de responsable mondial de l'IA générative de l'entreprise en août 2023.
Simultanément, Michael White, qui avait dirigé les initiatives métavers de Disney en 2022, a quitté l'entreprise suite à la fermeture de sa division dédiée. Quelques jours plus tard, Disney a annoncé la création d'une nouvelle « task force » axée sur l'IA. Dans le sillage du départ de Robert Triefus de Gucci, la marque a également annoncé une collaboration avec Christie's pour son premier projet d'IA générative. De nombreux projets ont été abandonnés.
Les investissements sont désormais tournés vers l'IA générative. Meta investit massivement dans cette technologie et se montre très agressif dans la guerre des talents en IA. La réorientation des priorités de Reality Labs illustre le changement de cap de Meta, mais l'entreprise reste à la traîne dans la course à l'IA.
Conclusion
Meta réoriente Horizon Worlds pour se concentrer presque exclusivement sur le mobile. L'annonce indique également que Meta va doubler la mise sur l'écosystème des développeurs VR, ce qui signifie que l'entreprise ne se retire pas entièrement du domaine de la réalité mixte. Plus largement, Meta a abandonné ses ambitions dans le métavers au profit de l'IA. Les ressources seront réorientées vers les projets d'IA afin de soutenir les efforts en cours.
Le métavers de Meta a été un gouffre financier. Depuis 2020, Reality Labs a accumulé 80 milliards de dollars de pertes d'exploitation. Le métavers est actuellement hors de portée pour diverses raisons. L'IA, qui remplace le métavers, saigne également des centaines de milliards et est loin d'avoir fait ses preuves.
Selon les économistes, le marché actuel de l'IA présente des signes inquiétants de surchauffe, rappelant la bulle Internet de la fin des années 1990, mais à une échelle encore plus grande. Les investissements massifs dans des startups souvent dépourvues de modèle économique viable alimentent une spéculation excessive, où la perception de croissance prime sur la création de valeur réelle. Les conséquences à terme pourraient être dévastatrices.
Source : Meta
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