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Pourquoi les lunettes connectées de Meta cristallisent un malaise profond autour du harcèlement et de la vie privée
Interrogeant notre tolérance collective à l'enregistrement permanent

Le , par Stéphane le calme

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L’arrivée des lunettes connectées développées par Meta en partenariat avec Ray-Ban marque une nouvelle étape dans la banalisation des technologies de captation du réel. Présentées comme des accessoires de style augmentés, capables de filmer, de prendre des photos, d’écouter de la musique ou d’interagir avec une intelligence artificielle, ces smart glasses ambitionnent de s’inscrire dans le quotidien sans friction. Mais derrière la promesse d’un objet discret et « naturel », de nombreuses voix s’élèvent pour alerter sur des risques bien réels, en particulier pour les femmes.

Le débat ne porte plus seulement sur la protection des données personnelles au sens classique, mais sur une transformation profonde de l’espace public, où l’acte de filmer peut devenir invisible, permanent et difficilement détectable.


Ce qui distingue fondamentalement ces lunettes des smartphones, c’est leur opacité fonctionnelle. Là où un téléphone tenu à bout de bras signale clairement une intention de filmer, les lunettes connectées brouillent ce signal social. Le simple fait de regarder quelqu’un peut désormais s’accompagner d’un enregistrement audio ou vidéo, sans geste explicite, sans écran visible, sans alerte évidente pour la personne filmée.

Pour les associations de défense des droits des femmes, ce changement est loin d’être anodin. Dans un contexte déjà marqué par le harcèlement de rue, le voyeurisme numérique et la diffusion non consentie d’images, la possibilité de filmer discrètement accentue un déséquilibre de pouvoir existant. La technologie, loin d’être neutre, vient renforcer des dynamiques sociales déjà défavorables à certaines catégories de population.

Les lunettes intelligentes telles que les Ray-Ban de Meta, qui permettent aux utilisateurs d'enregistrer des vidéos en public, constituent une « véritable menace pour la vie quotidienne des femmes », selon un expert. Ces appareils sont de plus en plus populaires et se sont vendus à des millions d'exemplaires dans le monde entier, mais leur utilisation pour filmer des femmes à leur insu sans leur consentement suscite des inquiétudes.

Le mois dernier, Lauren Britt, 28 ans, originaire de Floride, a partagé sur Instagram une vidéo d'elle-même qui avait été secrètement enregistrée par un homme qui l'avait abordée à l'aéroport de Tampa. « Je ne savais pas qu'il avait enregistré toute la conversation avec ses lunettes. N'est-ce pas effrayant ? Il ne m'a jamais demandé la permission », a-t-elle déclaré.

Les lunettes Ray-Ban Meta permettent d'enregistrer grâce à une caméra intégrée à la monture, qui est équipée d'un voyant lumineux indiquant lorsque la vidéo est en cours d'enregistrement. Cependant, il existe des dizaines de vidéos sur YouTube expliquant comment désactiver ce voyant, et des accessoires sont vendus pour le masquer.


L’espace public sous surveillance diffuse

Les campagnes menées contre ces lunettes insistent sur un point central : l’espace public repose sur des conventions implicites. On accepte d’être vu, croisé, observé, mais pas nécessairement enregistré. Les lunettes connectées remettent en cause cette frontière tacite. Elles introduisent une surveillance diffuse, portée par des individus ordinaires, et non par des institutions clairement identifiées.

Cette évolution inquiète d’autant plus que les usages ne sont pas toujours maîtrisables. Une vidéo captée “pour soi” peut être stockée dans le cloud, analysée par des algorithmes, enrichie par de l’IA et potentiellement partagée. La chaîne de traitement dépasse largement l’instant de la captation initiale, rendant le consentement pratiquement impossible à garantir a posteriori.

Femmes, minorités et asymétrie technologique

Les critiques soulignent que les femmes sont plus exposées à ces dérives, non pas par hasard, mais en raison d’une asymétrie sociale déjà documentée. Dans de nombreux contextes, elles subissent davantage d’atteintes à leur vie privée, d’objectification et de menaces. L’ajout d’un outil de captation invisible renforce ce sentiment d’insécurité, notamment dans les transports, les lieux de loisirs ou les espaces de travail informels.

Certaines militantes parlent d’une technologie pensée sans intégrer suffisamment la réalité vécue par celles qui en subiront le plus les conséquences. Le design, les usages anticipés et même les garde-fous techniques reflètent une vision du monde où la question du consentement implicite est sous-estimée.

Une compagnie de croisière, MSC Cruises, a interdit ces appareils dans les espaces communs pour des raisons de confidentialité. « Les appareils capables d'enregistrer ou de transmettre des données de manière dissimulée ou discrète (par exemple, les lunettes intelligentes) ne sont pas autorisés dans les espaces publics des navires », stipule sa politique.

En octobre, l'université de San Francisco a lancé une alerte sur le campus après qu'un homme portant des lunettes Ray-Ban Meta ait abordé des femmes sur le campus « avec des commentaires indésirables et des questions inappropriées sur les rencontres amoureuses » et ait mis la vidéo en ligne sur les réseaux sociaux.

Au Royaume-Uni, un utilisateur de TikTok a partagé des vidéos de lui-même abordant des jeunes femmes dans la rue pour leur demander leur numéro de téléphone. On ne sait pas si elles se sont rendu compte qu'il les filmait, mais dans un post, une femme identifie ses lunettes intelligentes et la légende de la vidéo indique : « Elle a repéré les lunettes Meta. »

Clare McGlynn, professeure de droit à l'université de Durham et experte en matière de violence à l'égard des femmes, a déclaré :

« Pour les femmes, ce ne sont pas des lunettes intelligentes, mais une véritable menace pour notre vie quotidienne. La plupart des femmes ne considèrent pas les lunettes intelligentes comme une nouvelle technologie passionnante, mais comme une nouvelle technologie supplémentaire qui peut être utilisée pour nous violenter et perturber notre vie quotidienne.

« Les femmes vivent déjà avec le risque constant d'être filmées sans leur consentement, que ce soit lors d'activités sexuelles privées ou dans des espaces publics. C'est déjà beaucoup trop courant, et les lunettes intelligentes ne feront qu'augmenter considérablement les possibilités de harcèlement et d'abus. »

McGlynn a déclaré que sa plus grande préoccupation était que les lunettes soient modifiées pour créer un effet de « nudification », permettant à l'utilisateur de générer des images nues des femmes et des filles se trouvant devant lui sans leur consentement. « Nous ne pourrons pas faire grand-chose à ce sujet », a-t-elle déclaré.

Les craintes liées à la vie privée ont tourmenté les lunettes intelligentes dès leur apparition avec le lancement des Google Glass en 2013, ce qui a valu à leurs utilisateurs d'être surnommés « Glassholes ». Le produit a été retiré du marché en 2015.

Cependant, depuis lors, l'essor des smartphones a habitué les gens à filmer en public. Google relance les lunettes intelligentes cette année et Snap commercialise un appareil. Filmer secrètement quelqu'un en public puis publier la vidéo sur les réseaux sociaux pourrait constituer une violation des lois britanniques sur la protection des données.

Des garde-fous techniques jugés insuffisants

Meta met en avant des indicateurs lumineux signalant l’enregistrement, ainsi que des limitations logicielles censées empêcher certains abus. Toutefois, ces mesures sont jugées largement insuffisantes par les experts et les associations. Un voyant discret peut passer inaperçu dans un environnement lumineux, être masqué volontairement ou tout simplement ignoré par des personnes qui ne savent pas à quoi il correspond.

Plus fondamentalement, ces garde-fous reposent sur l’idée que l’utilisateur respectera les règles. Or, l’histoire des technologies grand public montre que les usages déviants apparaissent rapidement, surtout lorsque le bénéfice perçu dépasse le risque de sanction.

Un cadre juridique en retard sur les usages

Le débat met également en lumière l’inadéquation des cadres juridiques actuels. Les lois sur la vie privée, souvent conçues à l’ère du smartphone ou de la vidéosurveillance fixe, peinent à appréhender ces objets hybrides, portés sur le visage, en permanence prêts à enregistrer.

Les forces de l’ordre, les régulateurs et même les tribunaux pourraient se retrouver démunis face à des situations où il devient difficile de prouver l’intention, la durée ou même l’existence d’un enregistrement. Cette zone grise juridique alimente le sentiment d’impunité et renforce les inquiétudes exprimées par les collectifs féministes.

Une question de responsabilité pour les géants de la tech

Au-delà du produit lui-même, c’est la...
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Avatar de RenarddeFeu
Membre averti https://www.developpez.com
Le 06/01/2026 à 13:08
Tous les clichés doivent transiter par les serveurs de Meta. Là est le vrai scandale !

Parce que bon, si c'est de photographier les meufs fraîches dans le métro dont on parle, il existe du matériel beaucoup plus discret et beaucoup plus performant.
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