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« Le rachat d'Electronic Arts par l'Arabie Saoudite présente un certain nombre de risques importants en matière d'influence étrangère et de sécurité nationale »,
Affirment des sénateurs américains

Le , par Mathis Lucas

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« Le rachat d'Electronic Arts par l'Arabie Saoudite présente un certain nombre de risques importants en matière d'influence étrangère et de sécurité nationale »
affirment des sénateurs américains

Des sénateurs américains expriment des inquiétudes concernant le rachat d'Electronic Arts. Un groupe d'investisseurs comprenant le Fonds d'investissement public (PIF) d'Arabie saoudite propose de racheter Electronic Arts pour un montant de 55 milliards de dollars. Mais les sénateurs craignent que le géant des jeux vidéo cesse d'exercer son indépendance éditoriale et opérationnelle sous le contrôle de l'actionnaire majoritaire privé saoudien. Selon eux, la transaction présente des « risques pour la sécurité nationale » des États-Unis, et pourrait entraîner une forme d’influence étrangère sur une entreprise américaine de divertissement majeure.

Fin septembre 2025, un consortium d'investisseurs comprenant le Fonds d'investissement public (PIF) soutenu par l'État saoudien a accepté d'acquérir Electronic Arts. L'éditeur a confirmé avoir conclu un accord définitif en vue de son acquisition par un consortium d'investisseurs comprenant le PIF, Silver Lake et Affinity Partners. L'accord prendra la forme d'une transaction entièrement en espèces qui valorise Electronic Arts à environ 55 milliards de dollars.

Electronic Arts a déclaré que « cette opération lui permettra d'accélérer l'innovation et la croissance afin de construire l'avenir du divertissement » tout en offrant une « valeur convaincante » à tous les actionnaires. La transaction devrait être finalisée au cours du premier trimestre de l'exercice 2027 et reste soumise à l'approbation des autorités réglementaires et des actionnaires. S'il aboutit, Electronic Arts conservera son siège social à Redwood City, en Californie.

Cependant, l'accord a suscité une vive consternation parmi les observateurs. Cette consternation tient à la probabilité d'une issue à long terme peu favorable pour Electronic Arts, sa production créative et son personnel, mais certains politiques américains sont aussi sceptiques à propos de cette opération pour différentes raisons. Les sénateurs Richard Blumenthal et Elizabeth Warren ont saisi le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent à ce propos.

Des élus américains craignent une « influence politique étrangère »

Dans une lettre adressée à Scott Bessent, les deux sénateurs ont exprimé leur profonde inquiétude quant aux risques liés à l'influence étrangère et à la sécurité nationale que pourrait entraîner ce rachat. Ils redoutent que cette acquisition permette au gouvernement saoudien d’exercer une influence politique et culturelle sur le contenu des jeux vidéo produits par Electronic Arts. Une telle campagne d'influence impacterait directement les Américains.


Selon la lettre des sénateurs, le PIF serait bien placé pour dicter ou mettre son veto aux histoires racontées aux Américains par le biais du média populaire que sont les jeux vidéo, contrôlant ainsi les récits sur l'histoire et la culture des États-Unis. En bref, la capacité du gouvernement saoudien à exercer son influence par l'intermédiaire d'Electronic Arts offrirait au régime autoritaire un outil efficace pour projeter sa puissance dans le monde entier.

« La volonté de l'Arabie saoudite d'acheter de l'influence par le biais de l'acquisition d'EA est évidente au vu de la transaction : les investisseurs proposent de payer plus de 10 milliards de dollars au-dessus de la valeur boursière d'EA pour une société dont les actions stagnent depuis cinq ans dans un secteur imprévisible et volatil », indique la lettre. Et comme l'entreprise sera privatisée après l'accord, il n'y aura plus de contrôle de la part de la SEC.

Bien sûr, il y a aussi la question de Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, dont la société Affinity Partners a reçu un investissement de 2 milliards de dollars du PIF six mois seulement après avoir quitté son poste de conseiller principal du président en 2021, pendant le premier mandat de Donald Trump.

Les sénateurs affirment que son rôle dans cette transaction « soulève des questions troublantes quant à savoir si Jared Kushner est impliqué dans la transaction uniquement pour garantir l'approbation de celle-ci par le gouvernement fédéral », ajoutant : « conformément à la corruption sans précédent et à la monétisation du pouvoir du gouvernement fédéral par l'administration Trump, quel régulateur va dire non au gendre du président ? ».

Des risques pour la protection des données et la sécurité nationale

Fondée en mai 1982, Electronic Arts a été l'une des pionnières de l'industrie des jeux vidéo pour ordinateurs personnels et a promu les concepteurs et programmeurs responsables de ses jeux en tant qu'artistes logiciels. Il a développe et publie des jeux de franchises établies, notamment Battlefield, Need for Speed, Les Sims, Medal of Honor, Command & Conquer, Dead Space, ainsi que les titres EA Sports FC, Madden NFL, NBA Live, NHL, PGA et UFC.

Electronic Arts possède et exploite également de grands studios de jeux vidéo tels que BioWare, Criterion Games, DICE, Motive Studio et Respawn Entertainment. Il s'agit en effet d'un géant de l'industrie du jeu vidéo que lorgnent de grands groupes, comme Microsoft, qui a racheté Activision Blizzard il y a peu.

Au-delà de l’influence politique et culturelle, les sénateurs Richard Blumenthal et Elizabeth Warren évoquent des risques pour la sécurité nationale américaine. Electronic Arts détient d’immenses quantités de données personnelles provenant de ses utilisateurs. Selon eux, si le contrôle de l’entreprise passait en partie sous la main du fonds souverain saoudien, ces données pourraient être exploitées à des fins de surveillance, de profilage ou de propagande.

« L'accès illimité à ces informations par un gouvernement répressif et autoritaire présente des risques importants de surveillance des Américains, de propagande saoudienne secrète et de représailles et de censure sélectives à l'encontre des personnes mal vues par le gouvernement saoudien », indique la lettre.

Les États-Unis s'inquiètent d'une opération dont ils sont coutumiers

« Le potentiel de cet accord à étendre et à renforcer l'influence étrangère saoudienne aux États-Unis est aggravé par les risques pour la sécurité nationale que représentent l'accès et l'influence incontrôlée du gouvernement saoudien sur les informations personnelles sensibles collectées auprès des millions d'utilisateurs d'EA, son développement de technologies d'IA et la conception et l'orientation des produits de l'entreprise », ont écrit les sénateurs.


Mais les critiques ont souligné l'ironie de la situation. Depuis des générations, les États-Unis s'appuient fortement sur leur hégémonie culturelle pour exercer leur influence dans le monde entier, dans les jeux vidéo comme dans tout autre média. Dans les jeux vidéo américains ou les films de Hollywood, les Américains et leurs alliés sont les gentils, même lorsqu'ils ne le sont pas, une perspective qui persiste dans les récits des jeux vidéo contemporains.

Par exemple, le tristement célèbre massacre de « l'Autoroute de la mort », tel qu'il a été dépeint dans la nouvelle version de Call of Duty: Modern Warfare, n'a pas été perpétré par les forces occidentales (comme cela s'est produit dans la réalité), mais par la Russie, tandis que l'assassinat du général iranien Qasem Soleimani par les forces américaines, largement considéré comme une violation du droit international, est au contraire présenté comme cool et positif dans Modern Warfare 2.

Dans cette optique, on pourrait prendre avec des pincettes les inquiétudes des sénateurs concernant les récits que fera Electronic Arts une fois entre les mains des Saoudiens. Dans le même temps, cependant, l'Arabie saoudite est largement reconnue comme étant dirigée par « un gouvernement oppressif et autoritaire ».

Conclusion

Les sénateurs Richard Blumenthal et Elizabeth Warren ne précisent pas à quoi pourrait ressembler concrètement cette « influence étrangère », mais les événements récents peuvent nous donner une idée. Le monde de la comédie, par exemple, est en proie à la controverse depuis quelques semaines à propos du Festival de la comédie de Riyad, organisé et financé par l'Arabie saoudite, qui a réuni plusieurs des plus grands humoristes du monde.

Certains humoristes qui ont refusé de participer au festival ont révélé que les participants devaient accepter certaines « restrictions de contenu », qui leur interdisaient de critiquer l'Arabie saoudite, la famille royale ou la religion. Ce qui est un exemple de l'une des choses dénoncées par la lettre des sénateurs.

Les sénateurs Richard Blumenthal et Elizabeth Warren ont demandé au Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS), l’organisme chargé d’examiner les investissements étrangers, d’ouvrir une enquête approfondie sur cette transaction. Ils souhaitent s’assurer qu’elle ne menace ni la sécurité nationale ni l’indépendance culturelle des États-Unis. Mais les critiques craignent que l'accord soit approuvé sans un examen approfondi.

L'accord est soumis à l'approbation de la Federal Trade Commission (FTC) et d'autres autorités réglementaires. Toutefois, le président de la FTC, Andrew Ferguson, qui a été nommé à la tête de l'agence par Donald Trump, a indiqué qu'il serait moins agressif dans l'examen des fusions que sa prédécesseure, Lina Khan, qui a récemment souligné que toutes ses prédictions concernant l'acquisition d'Activision-Blizzard par Microsoft sont en train de se réaliser.

Source : lettre des sénateurs Richard Blumenthal et Elizabeth Warren

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Avatar de der§en
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 16/10/2025 à 21:49
Sont marrant ces ricains, ils n’hésites pas recourir aux chantages, aux menaces et autres joyeusetés pour acquérir des entreprises étrangères, mais ils ne supportent pas que des investisseurs étrangers rachetés leurs boîtes, quitte à utiliser l’argument massue de « risques pour la sécurité intérieur »

Si la France avaient des « élites » moins Corrompu, on pourr appliquer ce même principe, non ?
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